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L'objet du mois: une bouteille d’eau dans un océan de pétrole

« Et à boire, qu’est-ce que ce sera ?... ». Souvent cette phrase conclut votre commande au resto ou dans les boulangeries et c’est ainsi que 154 milliards de litres d’eau en bouteille en plastique ont été engloutis en 2004 sur la planète. Pour un encas, le jogging ou un voyage, la bouteille en plastique accompagne nos gestes quotidiens et nous sommes tous habitués à en balader une entre nos mains, dans nos sacs. Mais avant et après, quel est le destin de ces volumes de PET ?

Un des impacts, important s’il en est, concerne le transport. Une étude de l’institut nord américain Earth Policy , estime en effet que «près d’un quart des bouteilles d’eau commercialisées sur la planète passent d’une frontière à une autre pour atteindre les  consommateurs et sont transportées par bateaux, trains et camions».

Petit problème de mathématique : une bouteille en plastique est essentiellement composée de dérivés pétrochimiques et ce sont au total, 2,7 millions de tonnes de plastique qui sont utilisées, chaque année, dans le monde, pour leur fabrication. Sachant qu’il faut «un millénaire  pour qu’une bouteille en plastique disparaisse totalement», combien de temps devrez-vous attendre entre deux gorgées pour voir votre empreinte écologique diminuer ?

Du coup, en Californie, plusieurs restaurants haut de gamme ont déjà choisi de bannir les petites bouteilles en plastique et prônent l’eau du robinet, même si cela leur diminue leur profit. La ville de San Francisco interdit depuis cet été l’achat par ses services d’eau en bouteille, d’ici à la fin de l’année 2007. Et oui, leur consommation coûte chaque année 500’000 dollars à la ville. Le maire de San Francisco, Gavin Newsom, va même plus loin dans la stigmatisation de cette consommation.
Retour à notre problème mathématique : « Livrer les bouteilles d’eau en plastique que les Américains achètent chaque année nécessite plus de 47 millions de gallons de pétrole [environ 1 million de barils, ndlr], soit l’équivalent d’un milliard de livres de CO2 rejetées dans l’atmosphère [450’000 tonnes environ, ndlr]. (...) Tout ce gaspillage et cette pollution sont générés par un produit dont la qualité, mesurée sur la base de critères objectifs, est souvent inférieure à celle de l’eau du robinet de San Francisco ». Gavin Newsom souligne également que « pour le prix d’un gallon d’eau en bouteille [3,8 litres environ, ndlr], un habitant de la ville peut acheter 1’000 gallons d’eau du robinet ».

A New York aussi, le choix n’appartient plus à ses concitoyens et l’eau du robinet devient le meilleur breuvage à s’imposer au quotidien. Même si la campagne d’assèchement de l’eau en bouteilles passe par des éléments avant tout économiques, elle pourrait toujours permettre d’arrêter cette hémorragie aquatique. Il faut trouver des moyens radicaux de diminuer la quantité de déchets et par ricochet, les sommes allouées à leur traitement.

De manière générale, ces questions économiques servent facilement à rendre les enjeux transparents et le prix peut déjà représenter une importante source de motivation. Selon le ministère français de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, un litre d’eau embouteillé coûte pour le consommateur de 100 à 300 fois plus cher à l’achat que celui s’échappant du robinet. L’Ademe a publié en janvier 2007 une note intéressante qui relativise l’impact de ces efforts et souligne que "l’eau potable au robinet est 100 à 1’000 fois plus écologique que l’eau minérale en bouteille".
Pour Serge Orru, le directeur général du WWF, «une bonne part de ce surcoût est imputable à la fabrication et au recyclage des emballages, au transport et à la publicité».
Mais, de leur côté, les fabricants de bouteilles d’eau voient d’un très mauvais oeil cette nouvelle vague qui s’abat sur leurs productions et l’Association internationale de l’eau en bouteille (IBWA) met en avant l’utilisation de matériaux biodégradables et les efforts de recyclage, pour tenter de sauver la mise.
C’est sûr, la guerre de l’eau est bel et bien lancée et seuls les consommateurs pourront faire baisser la température en buvant plastifié au compte-goutte !

Gabriela Bejan

Sources : Libération 7 novembre 2007
et Terra Economica 29 juillet 2007

[05/12/2007]

Liens externes
ADEME
Earth Policy Institute
IBWA


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